Une Famille chinoise (Zuo You) de Wang Xiaoshuai (2008)

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Un couple divorcé (Mei Zhu et Xiao Lu) apprend que leur petite fille, Hehe, est atteinte d’une leucémie. Une greffe de moelle osseuse est nécessaire mais aucun des deux parents n’est compatible. Au delà de l’épreuve médicale, la maladie de Hehe va contaminer les rapports qu’entretiennent les deux parents avec leurs partenaires respectifs…

Wang Xiaoshuai n’est pas forcément le cinéaste chinois le plus connu. Il jouit néanmoins d’une assez bonne réputation, et est souvent primé dans les festivals internationaux. Shanghaï Dreams, son avant-dernier film était en compétition à Cannes en 2006. Avec Une Famille Chinoise (aka In Love we trust) Wang Xiaoshuai à remporté l’Ours d’argent du meilleur scénario lors de la dernière Berlinale.

Le pitch laisse entrevoir un classique et larmoyant mélo. Il n’en est rien. Wang Xiaoshuai installe son intrigue autour de ce cas d’une petite fille atteinte d’une leucémie mais la développe autour de la gestion faite par les parents de cette maladie. L’attention est d’abord focalisée sur la mère, son extrême dignité alors même qu’elle endure toutes les souffrances psychologiques possibles. Si elle est bien aidée par un mari bienveillant et un ex-époux encore assez prévenant, Mei Zhu est d’abord la victime d’un contexte qui l’étrangle. L’enjeu est évident : sauver Hehe, une petite fille qui n’a évidemment rien demandé à personne. Les moyens sont en revanche plus limités : une situation familiale complexe du fait du remariage ; des amants qui se retrouvent impliqués de fait dans une histoire très personnelle qui ne les concerne pas ; la politique familiale chinoise très stricte et qui condamne presque à elle seule Hehe ; la pression sociale aussi, compliquent considérablement une donne à solution pourtant unique. Il faudra enfanter un petit frère ou une petite soeur pour espérer offrir à Hehe la possibilité de vivre.

Ce qui intéresse le cinéaste, c’est l’humain, sa capacité de réaction, d’adaptation. Chacun des quatre personnages adultes est une victime collatérale de la maladie de Hehe. Leurs problèmes ne peuvent pourtant qu’être dérisoires face à la cinglante maladie qui affecte l’enfant. Ainsi, les adultes sont tous confrontés à des décisions qui les font souffrir au plus profond d’eux même mais avec lesquelles ils devront vivre, quitte à ravaler leur fierté. Les compromis ne sont évidemment pas faciles à entretenir et la tentation du cynisme est toujours bien là. Pourtant, les personnage s’avèreront tous exemplaires, parfaitement digne malgré la cruauté qu’on leur impose.

Wang Xiaoshuai, découvert avec So Close to paradise puis avec Beijing Bicycle, sa version du Voleur de Bicyclette de De Sica, nous avait également impressionné avec La dérive, dans lequel il auscultait la jeunesse chinoise et son rapport avec les Etats-Unis. La maturité exceptionnelle de cette Famille Chinoise légitime tout à fait l’Ours d’argent reçu à Berlin au début de l’année. Wang Xiaoshuai ne cède jamais à un quelconque chantage émotionnel. Le cinéaste examine avec pudeur et sensibilité la complexité de la société chinoise conjointement à celle du drame intime. Par certains aspects, Une Famille chinoise rappelle un peu Secret Sunshine, l’extraordinaire film du coréen Lee Chang Dong. Et à la fin, malgré les blessures, c’est l’humain qui triomphe.

Benoît Thevenin


Une Famille chinoise – Note pour ce film : Sortie française le 12 novembre 2008


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