[Bled Number One] Rencontre avec le réalisateur Rabah Ameur-Zaïmeche

Le réalisateur, Rabah Ameur-Zaïmeche, était de passage à Nancy pour présenter en avant-première le film qui sortira dans toute la France mercredi. L’occasion était trop belle d’aller recueillir ses propos. Des propos à vif, tranchants et qui dénotent la passion de l’homme.



LE TITRE:

Rabah Ameur-Zaïmeche : « Bled Number One, tout simplement car c’est le bled des origines, de la diaspora algérienne qui s’est installée en Europe. »

L’ALGERIE :

« L’Algérie est un pays libre. Un pays qui a réussi à reconquérir le processus démocratique qui lui a été confisqué en 1992. C’est pour cela qu’il y a eu une guerre sanglante, atroce, innommable qui a bouleversé des centaines de milliers de familles parce que, justement, un processus électoral a été confisqué. Lorsque l’on rentre dans un processus démocratique, il faut l’assumer et aller jusqu’au bout. J’aurais préféré que l’on accepte la victoire du FIS (Front Islamique du Salut) à ce moment là. A la première connerie, il y aurait eu des protestations, des manifestations, une révolution et ça aurait été la fin de la guerre d’Algérie. Or là maintenant, ce n’est pas encore le cas. L’Algérie sort d’une catastrophe immense. Il y a eu des élections démocratiques. Le président Bouteflika a réussi à avoir l’unanimité du peuple algérien derrière lui. Tout simplement, maintenant, il faut regarder devant. Il faut savoir pardonner. C’est parce que j’aime l’Algérie que je fais ce genre de film. Il faut faire progresser la situation »

LA MODERNITE ET LA PLACE DES FEMMES DANS LA SOCIETE:

« Ce n’est pas parce que tu as une femme avocate et une autre qui conduit une voiture en plein milieu de la ville que l’on peut parler de modernité. Il y a la loi, le code de la famille. Et dans le code de la famille, la femme est considérée comme mineure. Elle ne peut pas bouger, elle ne peut pas être mobile. S’il y a répudiation, on lui confisque son foyer, on lui enlève ses enfants et elle se retrouve la proie de tous les autres hommes. C’est ça la modernité ?

LA SEQUENCE DE L’ASILE PSYCHIATRIQUE :

« A l’époque de Diderot, on a construit les premiers hôpitaux psychiatriques en France. Il expliquait que l’on avait construit ces asiles d’aliénés pour laisser croire à ceux qui sont à l’extérieur qu’ils ne sont pas fous… Mais les fous sont dehors. Elles le répètent deux fois ! Elles sont d’une extrême lucidité. L’asile est un refuge pour toutes ces femmes répudiées ! »

LE MESSAGE DU FILM

« C’est d’abord un film qui célèbre la terre, son énergie. C’est l’énergie de l’être humain c’est tout ce qui concerne nos tensions qu’elles soient viriles ou érotiques C’est tout ce qui nous anime qui est célébré dans ce film. Ce n’est pas que l’Algérie. Il s’agit de notre lien à la terre, celle de là où nous sommes venus et de là où nous repartirons. C’est un film qui parle de ça avant tout et c’est pour ça qu’il prend une dimension universelle »

L’ACCEUIL RECU A CANNES :

« Nous avons reçu le Prix de la jeunesse : C’est un message d’espoir qui veut dire qu’il y en a assez du cinéma formaté, qui n’existe que pour nous conditionner. Le cinéma ce n’est pas que du divertissement. Ca a une force, une puissance considérable sur chacun d’entre nous et lorsque tu l’utilises à bon escient tu arrives au cœur des sentiments, de tes tripes, c’est çà le cinéma, c’est comme ça que je veux l’utiliser, pas autrement.

Il y a avait aussi un critique algérien du journal El Watan qui trouvait ça révoltant, disait que j’avais été poussé par des producteurs racistes et qui a dit à la fin « mais quand la France va t’elle nous laisser tranquille ? » Moi ça m’a bien fait rire. Mais ça se sont les mots d’un algérien moderne, très moderne, un apparatchik qui ne conçoit la modernité que par rapport aux idéologies occidentales. Pour moi la modernité se trouve ailleurs. »

L’AVENIR

« Je vais attaquer une figure populaire française du XVIIIe siècle, Mandrin. Vous vous souvenez de la complainte de Mandrin ? « Nous étions vingt ou trente, Brigands dans une bande, Tous habillés de blanc… » Pour moi c’est une figure éminemment moderne. Cette histoire à déjà donner lieu à une série télé sur l’ORTF dans les années 74-75, mais jamais à un film. Je voudrais le traité de manière totalement épurée, comme s’il avait la figure du Christ et accompagné de ses 12 lieutenants qui seraient ses douze apôtres. Pour moi, c’est la figure humaine par excellence, celui qui libère les prisons, qui organise des marchés sauvages, qui traverse les frontières et aime les femmes qui croisent son chemin. »

Propos recueillis à Nancy par Benoît Thevenin, le 2 juin 2006

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