Virgin Suicides (The Virgin Suicides) de Sofia Coppola (2000)

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Le film oscille entre sourire et grincement de dents. On ne peut pas rire franchement, percevant en permanence la proximité imminente de sombres et graves évènements.

Virgin Suicides a un goût de fatalité. Nous voici spectateurs aussi impuissants que les quatre jeunes amoureux transis des sœurs Lisbon à empêcher l’inévitable de se réaliser. C’est inéluctable. D’où un certain malaise à la vision de ce film dont on connaît l’issue avant de l’avoir vu.

Des couleur dénaturées mais superbes (qui contribuent fortement au sentiment de mélancolie), des acteurs tous exemplaires, une B.O somptueuse. Un film angélique et terrible. Un film plein de vie et pourtant glacial.

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L’histoire est racontée du point de vue  d’une bande d’ex-ado  fascinés par quatre déesses. Quatre déesses dont l’étau familial s’est resserré après le suicide de la plus jeune sœur. La vision des  ex voisins devenus adultes à mûrit, et est sûrement idéalisée. Ces filles dont ont ne sait finalement rien ont « emportés avec elles les dernières pièces du puzzle », les plus importantes, celles qui dessinent le visage.

Ce film si mystérieux est une pure merveille. Malgré le néant de l’intrigue (il s’agit ici d’une succession de scènes ordinaire ou le malaise s’installe insidieusement), on ne s’ennuie jamais.

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Virgin suicides s’emploie a dénoncer autant l’emprisonnement de la cellule familiale que l’irrespect et  l’incompréhension de ces petites choses d’adolescents qui font pourtant beaucoup. Ici l’attachement sentimental à un arbre, le rôle de la musique, la compagnie d’un journal intime…. Autant de détails apportant un soutient, aidant une personnalité à se construire, propices à l’évasion et au réconfort en cas de coup dur. Autant de choses d’apparences futiles mais dont la privation engendre d’irréparables conséquences. La discipline parentale en prend un coup. Kathleen Turner, dans le rôle de la mère – que l’ont prend plaisir à retrouvé aux côtés de James Wood, père dévoué, aimant mais dépassé, prêt à basculer dans la folie – foudroie sans s’en apercevoir sa progéniture d’un amour possessif et destructeur.

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L’intégrisme religieux en prend pour son grade au passage. Impossible par ailleurs d’évoquer les problèmes de l’adolescence sans parler des turpitudes amoureuses de cet âge. Une période où les hormones sont en pleine ébullition, où chaque acte compte, où les déceptions cinglantes marquent le cœur au fer rouge et vous conditionnent pour le restant de votre existence. Les amours d’adolescents sont innocents et adorables aux yeux de l’adulte. Ils sont capitaux et lourds de conséquence pour les principaux concernés. Sofia Coppola l’a parfaitement compris et le fait ressortir par le biais de plusieurs exemples qui sont mise en scène loin de tous clichés. Premier rendez-vous, premier baiser, alcool et drogue, jeu de séduction etc. Mention spéciale à Josh Hartnett dans son interprétation de Trip Fontaine, séducteur impénitent, prototype à peine pastiché du mâle avide de conquête, insatiable et sans aucune conscience des conséquences de ces actes égoïstes.

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Le bal de l’école de Virgin Suicides ressemble à ce sujet comme deux gouttes d’eau à celui de Carrie (De Palma). C’est l’évènement charnière du film, le pivot qui scelle le destin des sœurs Lisbon. L’ensemble des élément sont réunis, le compte a rebours déclenché : les sœurs Lisbon ont rendez-vous avec leur destin et aucune intervention ne saurait le différer. L’oubli frappera aussi violemment le quartier que la mort. L’adulte est montré du doigt. Les victimes de Virgin Suicides ont entre 13 et 17 ans. La sentence tombe comme un couperet pour nous rappeler qu’on est loin d’être dans une comédie (romantique). Le film fait naître une certaine réflexion tout autant qu’il réveille quelques souvenirs enfouis. Il touche juste l’individu qui recevra le message d’une façon personnelle. Film-souvenir. Film-message. Film-symbol parsemé de métaphores très significatives. En tout cas un film génial, aussi abrupt que délicat. Bienvenue dans l’âge ingrat…

B.T (Critique écrite à la sortie du film en salle en 2000)


Virgin Suicides – Note pour ce film :

Sortie française le 27 septembre 2000


Lire aussi :

  1. Marie-Antoinette de Sofia Coppola (2006)
  2. Somewhere de Sofia Coppola (2010)
  3. U-571 de Jonathan Mostow (2000)
  4. Chansons du deuxième étage (Songs from the second floor) de Roy Andersson (2000)
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